Quel est ton métier ?

Je suis encadreuse d’art. C’est-à-dire que je fabrique des cadres de A à Z pour plein de types d’oeuvres. Après avoir reçu les matériaux bruts, je les ramène dans un premier atelier, un atelier bois, pour pouvoir assembler les baguettes qui forment les cadres. Les cadres sont ensuite assemblés aux oeuvres dans un deuxième atelier. La poussière qui se fait lors du montage des cadres dans le premier atelier ne vient donc pas en contact avec les oeuvres. Ce deuxième atelier a un éclairage plus important avec de la lumière artificielle. Je dois pouvoir voir absolument tous les détails, jusqu’à la moindre poussière qui va se glisser dans le cadre.

Qu’est-ce qui t’a emmené à faire ce métier ? Tu l’as appris à l’école ?

J’étais à la base dans l’esthétique, mais ce domaine ne m’a pas tellement plu. J’ai voulu me tourner vers le domaine de l’artisanat d’art, et notamment vers la dorure. Je me suis inscrite à la SEPR (Société d’Enseignement Professionnel du Rhône), un établissement d’enseignement professionnel, pour passer un diplôme en alternance. J’ai suivi des cours pendant deux ans dans une classe de métier d’art rare (encadrement, taxidermie, horlogerie, menuiserie, tapisserie d’ameublement, couture). Alors que je cherchais un apprentissage auprès de doreurs, le musée poste une annonce pour un apprenti encadreur. C’est comme ça que je suis arrivée au musée en septembre 2019. J’ai vite remarqué des liens entre le métier d’esthéticienne et celui d’encadreuse. Pour le premier, on s’occupe de personnes, on les bichonne. C’est la même chose pour le deuxième, on prend soin des oeuvres et des cadres.

Tu es toute seule à faire ce travail ?

Non, on est deux encadreurs à travailler au sein du musée. Je travaille avec Christian qui a été mon maître d’apprentissage et qui est aujourd’hui mon collègue. J’apprends énormément à ses côtés, il a beaucoup de connaissances et une grande ingéniosité. Il arrive à trouver des solutions à des problèmes qui n’existent pas encore. Je suis très reconnaissante car j’ai complètement découvert ce métier grâce à lui, il a véritablement changé ma vie professionnelle.

Est-ce que c’est ton équipe qui a fait tous les cadres de toutes les oeuvres ?

Presque toutes. Parfois, les oeuvres arrivent et sont déjà encadrées, mais ce n’est pas le cas de la majorité de nos oeuvres. On fabrique beaucoup de cadres de tailles standard pour pouvoir les réutiliser. Il arrive également que le ou la commissaire d’exposition demande que le cadre soit changé. Il y a parfois des demandes spécifiques avec des techniques particulières. Dans ces cas-là, on fait en sorte que ces oeuvres gardent leurs cadres, d’autres doivent être désencadrées pour un souci de place et seront mises dans des boites.

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Comment est-ce que tu choisis la forme et la matière du cadre ?

Ces choix se font en dialogue avec d’autres personnes. Les commissaires d’exposition, les scénographes, les encadreurs… Tous doivent réfléchir ensemble. Les encadreurs apportent leur expertise et guident sur certaines contraintes. Pour le moderne et le contemporain, on utilise toujours des baguettes blanches, noires ou en bois brut.

Mais un cadre, ça sert à quoi au juste ?

Un cadre sert principalement à protéger une oeuvre et à l’accrocher. Il faut toujours garder en tête que nos cadres doivent s’effacer, le public doit voir le tableau et pas le cadre. Il n’est pas fait pour embellir une oeuvre, il la met en valeur sans qu’on s’en rende compte.

Tu fais autre chose que des cadres ?

Le travail d’encadreur est très différent s’il s’agit d’art ancien ou d’art moderne et contemporain. La collection d’art ancien est presque telle qu’elle était lorsqu’elle est arrivée : des toiles qui tiennent à peine avec des vieux clous rouillés. Il faut dépoussiérer les cadres, l’arrière de la toile, trouver des solutions pour éviter que la peinture ne soit directement en contact avec le bois. C’est un travail minutieux qui permet de nombreuses découvertes. Par exemple, quand on décadre des toiles pour la première fois, on peut découvrir des signatures, des petits mots, d’autres toiles à l’arrière. En plus du travail autour de l’encadrement, nous faisons aussi des caisses écrin.

Pourquoi écrin ? À quoi ça sert ?

Les boites écrins servent à protéger toutes sortes d’oeuvres, qu’elles soient encadrées, fragiles, en volume (sculptures, objets). Ces boites permettent de conserver, de stocker et de transporter sans danger.

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Comment sont faites ces boites ?

Christian est à l’origine de ces boites. C’est lui qui les a pensées et en a fait les schémas. Ce sont des boites morphologiques, c’est-à-dire qu’on va prendre les dimensions de l’oeuvre et prendre en compte ses formes pour faire une boite sur mesure qui va se fermer sur elle. L’oeuvre ne bouge pas lorsqu’elle est transportée. On utilise des matériaux de conservation pour la construction de ces boites. Il y a à l’intérieur de la mousse qui permet d’éviter les vibrations. Elle ne doit pas être en contact avec l’oeuvre car elle a un côté abrasif qui peut rayer l’oeuvre et l’endom-mager. On rajoute donc un matériau de protection sur toute la surface intérieure.

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Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?

J’adore travailler avec l’art ancien, pouvoir bichonner les oeuvres d’artistes connus. En tant qu’encadreuse, j’ai un rapport intime avec les oeuvres : on peut les toucher, les manipuler, mais toujours avec des gants. Rencontrer et dialoguer avec les artistes, échanger avec les commissaires et les scénographes, c’est passionnant !

Retrouvez cette interview dans plus, la revue du MAMC+ pour les 7-12 ans, disponible gratuitement au musée ! Chaque numéro explore une thématique qui permet de découvrir les expositions, la collection, un métier du musée… et bien plus encore. Le numéro 0 est sur le thème du chantier, en écho à l'exposition Hors Format. Découvrez l’art autrement dans cette revue pensée comme un miroir du musée.