Quel est ton métier ?
Je suis chef de projet de la Galerie nationale du design qui ouvrira à SaintÉtienne, en 2026. Je coordonne un ensemble de missions pour préparer l’ouverture du lieu. Je travaille avec des architectes, scénographes, commissaires… Je fais en sorte que tout le monde se parle, que les décisions soient prises collectivement lorsque c’est nécessaire : par exemple on choisit les matériaux du sol et du plafond, on discute des ateliers qu’on aimerait mettre en oeuvre pour les enfants... Mon rôle est d’accompagner et de guider les différents acteurs du projet. C’est un projet où chacun a un rôle différent et important à jouer pour permettre son ouverture puis son fonctionnement.
Tu as une autre mission au musée ?
Oui, je suis aussi référent des collections design. Le musée conserve une des plus belles collections françaises de design industriel, c’est-à-dire des objets conçus pour un usage quotidien pour le plus grand nombre : chaises, téléphones, montres… Je veille à leur bon état, fais appel à des restaurateurs si besoin, et enrichis la collection. La directrice m’a par exemple demandé de chercher des femmes designers pour mieux représenter leur rôle dans l’histoire du design. On achète ainsi des pièces pour corriger les oublis.
Tu es également commissaire d’exposition ?
Oui, je suis commissaire d’exposition pour le musée. Cela signifie que je conçois des expositions à partir des collections du musée ou de prêts extérieurs. Mon premier projet est consacré au Cirva, un centre d’art atypique installé à Marseille. Il est dédié à la recherche et à la fabrication d’objets en verre mais il n’a pas de salle d’exposition. Quand je l’ai visité, avant même de rejoindre le musée, j’ai été frappé par l’ambiance : les fours, les souffleurs… C’est un lieu de création où la technique et l’art dialoguent. C’est de là qu’est née l’idée de cette exposition.
Pourquoi exposer la collection du Cirva ?
Parce que le musée partage beaucoup de points communs avec le Cirva : diversité des pratiques, intérêt pour le design et l’art contemporain. Certains artistes qui ont été invités au Cirva ont été exposés et collectionnés par le musée. L’exposition permet ainsi de mettre en dialogue deux institutions qui ont des approches complémentaires. Et puis, le Cirva est peu accessible au public. Cette exposition rend visible une partie de sa collection rarement montrée, habituellement conservée dans les réserves.
Comment avez-vous sélectionné les oeuvres ?
Il a fallu d’abord bien connaître la collection. Ensuite, on a fait des choix selon le propos de l’exposition, mais aussi selon des contraintes logistiques. Certaines oeuvres sont fragiles ou difficiles à transporter. On sélectionne donc ce qui est cohérent, transportable, et ce qui permet de raconter l’histoire voulue. Parfois, on renonce à des pièces pourtant intéressantes. Le travail de commissaire, c’est aussi faire des choix, construire un récit avec les pièces disponibles.
Quelle histoire as-tu voulu raconter autour du verre ?
Avec Stanislas Colodiet, le directeur du Cirva et co-commissaire de l’exposition, on voulait notamment montrer la richesse du verre comme matériau. Au Cirva, des artistes qui ne connaissent pas le verre travaillent avec des techniciens très qualifiés. Cela donne des objets inattendus. On voulait aussi montrer que le verre, bien qu’ancestral, peut encore surprendre. L’exposition met en valeur ces expérimentations, cette liberté. Le verre y est traité autrement que dans les traditions : on dépasse les techniques classiques pour explorer de nouvelles voies.
Ton regard sur le verre a-t-il changé ?
Oui, complètement. Je n’étais pas spécialiste, alors j’ai beaucoup lu, interrogé des artistes, rencontré des techniciens. J’ai compris que le verre demande un haut niveau de savoirfaire, souvent invisible. Les techniciens jouent un rôle essentiel, et pourtant on ne les mentionne presque jamais. Avec Stanislas, on a décidé d’indiquer leurs noms sur les cartels. C’est important : ils impriment leur personnalité dans les oeuvres. Le même dessin d’un artiste réalisé par deux souffleurs de verre différents ne donne jamais la même pièce.
Qu’est-ce que tu aimes dans ton travail ?
Ce que j’aime, c’est la diversité des missions. Être à la fois chef de projet, référent de collection, commissaire d’exposition… Aucun jour ne se ressemble. J’aime aussi travailler en équipe, avec les collègues de la régie, de la médiation, de la sécurité. Le musée est un lieu collectif. Et puis, j’aime transmettre : une exposition, ce n’est pas juste une idée, c’est un récit qu’on partage avec les visiteurs. Mon rôle, c’est de faire exister ces récits, de les rendre visibles, vivants, accessibles.
Comment as-tu choisi ce métier ?
Un peu par hasard. Enfant, je ne savais pas que ce métier existait. J’aimais le milieu créatif, j’hésitais entre pratique artistique ou histoire de l’art. J’ai intégré l’École du Louvre, puis fait beaucoup de stages. C’est ça qui m’a aidé à préciser mon projet et mes envies. En découvrant le monde des musées, j’ai su que je voulais être au plus près des oeuvres, les comprendre, les faire dialoguer. Ce choix s’est construit au fil du temps, entre passion et expériences concrètes.
Retrouvez cette interview dans plus, la revue du MAMC+ pour les 7-12 ans, disponible gratuitement au musée ! Chaque numéro explore une thématique qui permet de découvrir les expositions, la collection, un métier du musée… et bien plus encore. Le numéro 2 est sur le thème du verre, en écho à l'exposition Le verre, au-delà de la matière. Découvrez l’art autrement dans cette revue pensée comme un miroir du musée.

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