Quel est ton métier ?
Je m’occupe des oeuvres d’art qui entrent dans les collections du musée et réalise le récolement des oeuvres déjà présentes. Cela veut dire que je vérifie si toutes les oeuvres d’art sont bien là, en bon état et bien localisées dans les réserves. Pour cela, je sors chaque oeuvre de sa place et je l’examine avec une lampe spéciale pour voir si elle a des altérations. Ensuite, je vérifie si chaque oeuvre est sur les listes d’inventaire du musée. Quand je vérifie les oeuvres d’art, je regarde plusieurs choses importantes : je vérifie que l’oeuvre a le bon numéro d’inventaire, est bien identifiée (le bon titre, le bon auteur), quel est son état général, etc.
De manière très simple, peux-tu nous détailler les différentes étapes du récolement ?
D’abord, avec mes collègues, nous choisissons un lot d’oeuvre sur les listes d’inventaire et nous nous assurons d’avoir tout le matériel nécessaire. Si une oeuvre est lourde, nous demandons de l’aide pour la déplacer. Ensuite, nous faisons le récolement directement dans les lieux où les oeuvres sont stockées. Je commence par vérifier le numéro d’inventaire pour chaque oeuvre. Après avoir observé l’état de l’oeuvre, nous la classons dans l’une de ces catégories : bon état, état moyen ou mauvais état. Je note si je vois des problèmes comme des pertes de matière,des traces d’usage, etc. mais la plupart du temps, tout va bien ! Ensuite, je décide des actions nécessaires : prendre de nouvelles photos documentaires si elles sont trop anciennes, bichonner ou restaurer l’oeuvre pour une future exposition, etc. Je dois clairement indiquer les tâches à faire après le récolement. Cela permet de s’assurer que chaque oeuvre est bien traitée. Avant, nous travaillions beaucoup avec des documents papier. Aujourd’hui, tout est directement saisi sur ordinateur.
À quoi sert un numéro d’inventaire ?
Le numéro d’inventaire a deux fonctions principales : l’identification et la traçabilité. L’identification, car le numéro d’inventaire aide à reconnaître chaque oeuvre d’art. Par exemple, pour les affiches ou les objets similaires, chaque pièce a un numéro unique. La traçabilité, car en cas de vol ou de perte, il permet de retrouver et d’identifier les oeuvres manquantes. Il est donc important de vérifier que chaque oeuvre a bien son numéro d’inventaire.
Le musée doit-il réaliser ce travail de récolement régulièrement ?
Oui, le musée doit réaliser un nouveau récolement tous les 10 ans. Cela peut sembler long, mais en réalité, avec près de 20 000 oeuvres à récoler, ce sont le nombre d’années qu’il faut pour le faire ! Depuis la Loi musée de 2002, le récolement des oeuvres est systématique et obligatoire. C’est très important pour la gestion des collections. Le récolement permet de suivre l’état des oeuvres et de confirmer leur localisation. Le récolement est donc un outil essentiel pour le musée.
Ton travail semble répétitif, qu’en penses-tu ?
C’est vrai, le travail de récolement est répétitif car il faut faire beaucoup de choses de la même manière, comme vérifier les titres et les numéros d’inventaire, prendre les dimensions des oeuvres, etc. Mais chaque oeuvre est unique, même pour les séries d’objets similaires. Les différences dans les altérations et l’état de conservation nécessitent une observation attentive et précise de chaque pièce. Pour éviter la fatigue et rester concentrée, les sessions de récolement sont variables. Cela permet de garantir des vérifications correctes et soignées.
Cette opération de récolement dure combien de temps pour chaque oeuvre ?
Le temps nécessaire pour réaliser le récolement d’une oeuvre varie beaucoup. Par exemple, un dessin en bon état prend environ 5 à 10 minutes. Cela inclut la manipulation et l’observation. Si l’oeuvre est complexe et comporte de nombreux éléments, cela peut prendre plus de temps, parfois plus d’une heure ! Le récolement est un travail minutieux, qui demande de la patience.
Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail ?
Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est découvrir des trésors cachés dans les réserves du musée. Manipuler les oeuvres d’art et passer du temps avec elles est un privilège. Cela me permet de faire des recherches et d’apprendre plein de choses nouvelles. Parfois, nous trouvons des signatures ou des étiquettes historiques qui n’avaient pas été remarquées. Ces découvertes nous aident à mieux comprendre l’histoire et le parcours des oeuvres à travers les collections. Ces découvertes rendent mon travail très excitant et enrichissant. C’est un mélange de recherche, d’exploration et de préservation du patrimoine culturel.
Qu’est-ce qui t’a amené à faire ce métier ?
J’ai découvert le métier de chargée de récolement par hasard. Après avoir obtenu ma Licence en histoire des arts, j’ai suivi un Master professionnel « musées et patrimoines » à l’Université de Lyon. C’est là que j’ai appris ce qu’était le récolement, une discipline peu connue car elle se pratique surtout en réserve. Mon intérêt initial portait sur les collections des musées et la recherche en histoire de l’art. Avec l’expérience, j’ai développé un oeil expert pour détecter les altérations. La formation continue et l’expérience pratique sont essentielles pour bien faire ce travail.
Retrouvez cette interview dans plus, la revue du MAMC+ pour les 7-12 ans, disponible gratuitement au musée ! Chaque numéro explore une thématique qui permet de découvrir les expositions, la collection, un métier du musée… et bien plus encore. Le numéro 1 est sur le thème de la répétition, en écho à l'exposition de Pierrette Bloch. Découvrez l’art autrement dans cette revue pensée comme un miroir du musée.

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